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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 18:03

J'ai rédigé il y a quelques années ( je pense fin des années 80), un texte sur l'homéopathie, à la  demande  de  mon ami   Patrice  Desmons, psychanaliste et professeur de philosophie. Il avait publié ce texte dans une revue en ligne: "Pholitique".

J'ai décidé  de publier ce texte.   Jacques Lacaze

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L’HOMEOPATHIE, MEDECINE DE L’ANALOGIE

par le Docteur Jacques Lacaze

 

DEFINITION DE L’HOMEOPATHIE

 

La loi de similitude.

Pour la plupart des praticiens l’exerçant, l’homéopathie est une méthode thérapeutique basée sur l’application d’une loi pharmacologique qu’ils dénomment loi des semblables ou principe de similitude (Docteur Max Tetau). D’autres homéopathes précisent qu’en fait la pharmacologie sur laquelle repose l’homéopathie est « reliée à un principe doctrinal : la loi de similitude » (Docteur Roland Sananes). Les remèdes homéopathiques sont issus d’une très haute dilution et d’une dynamisation des substances remèdes. Tous les homéopathes sont d’accord, ce n’est pas le remède qui définit l’homéopathie mais l’application la plus rigoureuse possible de cette loi de similitude

Cette loi a été énoncée par Samuel Hahnemann en 1796 dans son « Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des substances médicinales »: « Pour guérir radicalement certaines affections chroniques, on doit chercher des remèdes qui provoquent ordinairement dans l'organisme humain une maladie analogue et le plus analogue qu'il est possible ».

Ce principe des semblables peut s’énoncer : « Tout produit qui, administré à dose forte à un homme en bonne santé déclenche des troubles déterminés, peut, à dose faible, faire disparaître ces mêmes troubles chez l'homme malade". Exemples : Ipeca, à dose forte, est un vomitif ; à dose faible, diluée et dynamisée, homéopathique, il devient un des remèdes des nausées et des vomissements. Le café, Coffea, gêne le sommeil de la plupart, à dose homéopathique on l'emploiera contre l'insomnie. L’Opium à dose toxique paralyse la musculature lisse de l'intestin: à dose homéopathique, Opium interviendra dans le traitement de la constipation. Il y a inversion de l'action pharmacologique pour une certaine dose, les homéopathes parlent de dilution du produit.

En quelques mots : les semblables sont guéris par les semblables.

 

Les pathogénésies.

Pour qualifier d’homéopathique une substance, d’origine végétale, animale, minérale, chimique (remèdes modernes par exemple), il faut lui faire subir l’épreuve de l’expérimentation sur un ou des individus volontaires présupposés sains. C’est ce que les homéopathes appèlent la réalisation d’une pathogénésie. En respectant des règles comme celle du double aveugle, de l’expérimentation à différents moments de l’année, de l’utilisation de dilutions différentes…, la méthode consiste à faire prendre une substance et à demander à l’expérimentateur de noter soigneusement l’ensemble des troubles présentés. Des examens biologiques, radiologiques,… sont actuellement bien entendu utilisés. On obtient donc un tableau des troubles transcrits en signes psychologiques, cliniques, biologiques … de la substance. Les effets toxicologiques de cette substance, s’ils sont connus seront repris et intégrés à cette pathogénésie.

Une hiérarchie des signes est en général établie : qui vont des signes mentaux (jalousie, colère, phobie,…) aux signes signant une lésion (inflammation d’une muqueuse,…) en passant par les signes affectifs, sensoriels ( aggravation ou amélioration par les bruits, les odeurs,…) fonctionnels (spasmes,…)

L’ensemble des pathogénésies constituent ce que les homéopathes appellent « la matière médicale homéopathique ».

J’ajouterai une chose importante : il est traditionnellement fortement conseillé aux futurs homéopathes de participer à une expérimentation, à l’établissement d’une pathogénésie.

 

La pratique de l'homéopathie.

Elle est fondée sur la recherche d'une analogie entre l'ensemble des symptômes présentés par le malade et les symptômes caractéristiques d’un remède homéopathique. (M. T.)

Le praticien homéopathe, va relever soigneusement les symptômes que le malade présente, puis les comparer aux différents pathogénésies. Il choisira, le, et le plus souvent les remèdes qui recouvrent au maximum les symptômes du malade .

Le médecin homéopathe doit donc connaître la matière médicale homéopathique pour pouvoir effectuer ce travail de comparaison. Il est partie prenante de la construction de cette matière médicale, de deux façons, par sa participation à une expérimentation pathogénétique et par ses observations cliniques dans l’utilisation des remèdes homéopathiques, qui enrichissent cette matière médicale.

A noter que pour se simplifier la vie, les homéopathes ont depuis longtemps créé des répertoires. C’est-à-dire qu’ils ont dressé la liste des symptômes connus avec, pour chaque symptôme la liste des remèdes chez qui il est apparu.

La pratique homéopathique fait intervenir les diathèses, les constitutions, les modalités, comme les aggravations et les améliorations. Mais c’est le principe de similitude qui doit toujours primer, dans la recherche du « bon remède ».

 

Le remède homéopathique : l’infinitésimalité et la dynamisation.

Les substances qualifiées par l’expérimentation et la validation clinique remèdes homéopathiques sont utilisées sous différentes formes pharmaceutiques (solution, granules, ampoules buvables et injectables, suppositoires …) mais à dose infinitésimale, même au delà du nombre d’Avogadro : où il n’y a plus de substance.

Un autre principe est la dynamisation.

Ces deux principes ont fait l’objet de travaux expérimentaux très controversés. Les plus célèbres sont connus sous le nom de « mémoire de l’eau » (Jacques Benveniste).

 

En quoi la médecine homéopathique diffère-t-elle de la médecine classique ?

La thérapeutique classique, qui accepte le terme d’allopathique, qui signalons le, lui a été attribué par les homéopathes, fonctionne sur la notion d’anti. Ainsi, une infection à bactérie fera appel à un antibiotique qui empêche la prolifération de la bactérie ou élimine la colonie. Une inflammation, source de douleurs sera bloquée par un anti-inflammatoire qui la supprime.

Un médicament classique, moderne, semble reposer sur une étude physiopathologique d’un processus morbide, auquel le médicaments s’oppose, réalisant le plus souvent un gommage des symptômes. De nombreuses et fines études historiques ont en fait établi que le rapport entre physiopathologie, physiologie, et remède est beaucoup plus complexe et que très souvent la connaissance physiopathologique vient de la démonstration d’effets thérapeutiques – ou iatrogènes - et non l’inverse… mais c’est un autre débat…

Cet usage physiopathologique du remède allopathique qui s’adresse donc au corps du malade, implique l’extériorité du prescripteur. Pour le médecin le raisonnement est le suivant : ce malade a tels signes qui me permettent de conclure à tel syndrome, et j’ai repéré telle cause, donc telle maladie. Or je sais que qu’existe un remède qui physio pathologiquement intervient sur le processus de la maladie. Je le donne donc à mon patient. Et tous les jours, l’industrie pharmaceutique frappe à ma porte pour me présenter un nouveau remède…

L’homéopathie a pour ambition de déclencher une réaction générale et interne à l’organisme de la personne pour se défendre et guérir de l’intérieur. Le médicament homéopathique choisi selon le principe de similitude, met en œuvre selon les homéopathes, une réaction vitale globale qui implique que l'organisme puisse réagir globalement. Ceci les conduit à préciser les limites de la méthode et par là même les champs d'application de l’homéopathie et de l'allopathie.

La position du praticien homéopathe par rapport au remède est totalement différente. La liste des remèdes disponibles n’augmente que s’il participe à une expérimentation – qui sont peu fréquentes – au fur à et mesure de sa pratique, il contribue à affiner le remède. Le laboratoire n’a qu’un rôle purement technique de fabrication du remède. En théorie, le médecin peut totalement s’affranchir du laboratoire ou du pharmacien et fabriquer lui même dans son cabinet le remède pour chaque patient. Certains homéopathes le font. Bref il est totalement partie prenante dans l’élaboration du remède homéopathique.

 

PETIT HISTORIQUE DE L'HOMEOPATHIE

 

Découverte du principe de similitude.

Le créateur de l'homéopathie est un médecin de Saxe, Samuel Hahnemann, né en 1755. Hahnemann exerça dans plusieurs villes de l'Allemagne du Sud avant de se fixer à Leipzig. Il fut rapidement ébranlé dans ses convictions médicales par la pauvreté de la thérapeutique disponible, même souvent dangereuse avec ses saignées et ses clystères. Il renonça à l'exercice de la médecine et se consacra à des traductions d'ouvrages. C'est ainsi qu'en 1790, traduisant un livre d'un médecin écossais réputé, Cullen, son attention fut attirée par un article traitant du Quinquina. Hahnemann ne peut admettre ce qu'il y lut : dans la fièvre, « l'écorce du Quinquina agit par l'intermédiaire de sa vertu roborative (fortifiante) qu'elle exerce sur l'estomac ». Il avait en effet contracté, alors qu'il était jeune étudiant, la fièvre tierce et avait consommé de fortes quantités de cette drogue, ce qui lui avait permis de constater que, loin de lui fortifier l'estomac, elle avait provoqué un début de gastrite. Fallait-il donc croire que Cullen s'était trompé? Hahnemann, résolut de refaire l'expérience. Pendant plusieurs jours il se soumit à l’absorption biquotidienne de quatre grains de quinquina. Il éprouva une série de malaises : refroidissement des extrémité, affaiblissement, somnolence, palpitations, angoisses, tremblements, soif et poussées fébriles, bref tous les symptômes de la fièvre intermittente.

Hahnemann est alors frappé par cette coïncidence et il note sur l'ouvrage de Cullen, cette phrase qui est véritablement l'acte de naissance de l'homéopathie : «  des substances qui provoquent une sorte de fièvre coupent les diverses variétés de fièvre intermittente ».

Hahnemann, va expérimenter, de nombreuses substances et publier de nombreux articles. En 1810, il édite « l'Organon de l'art de guérir », son ouvrage majeur.

 

Entre homéopathie et médecine classique, c’est toujours la guerre.

Dès la parution de son Organon, Hahnemann connaîtra les ennuis qui ne cesseront jamais avec ses disciples puis ses successeurs.

Les derniers et spectaculaires avatars, sont d’une part le sort fait aux travaux de Jacques Benveniste sur « la mémoire de l’eau » et d’autre part l’assimilation de l’homéopathie avec les sectes (Docteur Jean Marie Apgrall).

Les attaques contre l’homéopathie portent principalement sur le remède infinitésimal. Les classiques n’acceptent pas l’absence de matière dans le remède homéopathique et la possibilité d’une « mémoire de l’eau ».

Les possibilités de pratiquer l’homéopathie et donc d’être soigné par cette méthode sont de plus en plus réduites. Il existe bel et bien une politique concertée d’étouffer cette discipline.

 

HOMEOPATHIE ET ANALOGIE

 

J’ai essayé d’éclairer par plusieurs facettes le phénomène homéopathie. Je dois ajouter que je ne suis pas neutre dans l’affaire : j’ai pratiqué durant 20 ans cette discipline, mais j’espère que vous m’accorderez que j’ai tenté de prendre distance et de pointer les problèmes.

Il existe donc chez ceux qui la pratiquent, un consensus pour dire que la médecine homéopathique est une médecine de l’analogie.

Nous ne nous contenterons pas de cette conviction et allons essayer de l’interroger et d’interroger la pratique du praticien homéopathe, le corpus de connaissance issu de cette pratique. Il m’apparaît nécessaire pour cadrer le débat de situer la médecine moderne et le médicament moderne dans la pratique médicale?

 

La médecine moderne et le médicament moderne.

La médecine moderne repose sur l’accès au corps du malade. Elle a pu prendre son essor à partir du moment où d’une part l’interdit – religieux - de cet accès a été levé et d’autre part les concepts ont été élaborés (et les moyens techniques : de l’auscultation à l’utilisation de la résonance magnétique nucléaire « pour lire les pensées »). Les concepts de base sont ceux de la méthode anatomo-clinique. Le médecin s’est dès lors situé comme observateur d’un corps, « qui n’est plus solidaire d’une vision simultanée de l’homme » (David Le Breton) qui n’est plus son semblable. Mon Maître et ami, le Professeur Lucien Israël peut ainsi écrire : «  la médecine est une science des pannes… Personne ne demande que la machine soit remise en marche pour toujours… il suffit qu’elle marche de façon acceptable pour un temps ».

La médecine moderne, sépare l’homme de son corps : le corps machine défini par Descartes. Elle traite cette machine, mais non l’homme dans sa singularité.

J’ajoute tout de suite deux remarques :

- c’est la médecine hospitalière et son prolongement, la médecine spécialisée, qui est principalement le lieu de cette pratique. Le médecin généraliste, de famille a le plus souvent, un positionnement différent,

- quand l’homme occupe le devant de la scène, que sa souffrance ne vient pas de son cœur, de sa rate, de son poumon ou de son foie, il est jugé « sain », et renvoyé à un « autre spécialiste » : le psychiatre.

Cette médecine hospitalière moderne a donc découpé le corps humain en morceaux, d’abord sous forme d’organes avec ses spécialistes, et maintenant en tranches très fines grâces au scanner. Elle a rattaché chaque souffrance organique à un syndrome ou une maladie et postule la nécessité de faire un diagnostic très précis, car nécessaire pour donner le médicament moderne susceptible de parer à la « panne ». Ce découpage est devenu biochimique. Le cholestérol par exemple est devenu une maladie.

La médecine moderne sépare l’homme de son corps et de sa maladie, qu’elle dépersonnalise, qu’elle rend anonyme. On traite une maladie et non une personne. Il s’agit d’un choix moral, social, économique.

Mais ce choix entraîne une double résistance :

   - celle du malade qui exige d’être considéré comme une personne, qui souffre, qui a une famille, des difficultés, des amours, des haines ..

   - et celle du médicament qui refuse de fonctionner comme on le lui demande. Le couple médicament médecin moderne fonctionne ni mieux ni plus mal que le tradi-médecin africain ou amazonien. Les chercheurs pharmacologues ont parfaitement démontré cet effet en découvrant l’effet placebo : un remède moderne ou traditionnel, c’est l’effet placebo + l’effet pharmacologique.

Affinons un peu cette dernière remarque en notant que le médicament moderne est élaboré par l’industrie pharmaceutique et le service hospitalier spécialisé, mais prescrit très majoritairement par le médecin généraliste qui a une relation très différente avec le malade.

La résistance du malade explique sans doute le succès grandissant de la médecine homéopathique et l’offensive des « concurrents » allopathes et surtout de l’industrie pharmaceutique…

Bref la médecine moderne hospitalière, nous fournit des connaissances du même ordre que celles des « sciences dures », « objectives », reproductibles. L’élaboration du médicament moderne a depuis longtemps, et avec le développement de la chimie et du capitalisme quitté le cabinet médical et l’officine du pharmacien, pour le laboratoire de la grande industrie, et le service hospitalier, ou il est expérimenté. Et dans son long cheminement pour devenir remède, il s’est humanisé. Son utilisation par le médecin généraliste en fait un médiateur à action pharmacologique manié par le sorcier des temps modernes. Et cela contre le désir, la volonté de ses inventeurs qui veulent en faire un objet scientifique pur, seulement capable de réparer telle panne.

 

Le remède homéopathique, connaît un destin opposé.

Il n’est pas élaboré par le laboratoire, qui se contente de le fabriquer. Il est élaboré par le médecin, d’abord expérimentalement dans le processus de l’expérimentation pathogénétique puis affiné au fur et à mesure de l’expérience de chaque médecin. La communication entre tous les médecins homéopathes devenant capitale. Chacun fait avancer les remèdes et doit communiquer ses observations. La différence de ce point de vue entre la littérature médicale classique et homéopathique est nette. La première ne vise qu’à faire adopter tel médicament, tel moyen d’exploration, la deuxième est principalement axé sur l’échange d’expérience entre praticiens, l’enrichissement de la matière médicale. C’est aussi pourquoi, les homéopathes disent que leur médecine est une médecine de l’expérience.

L’expérimentation sur soi d’un produit candidat au statut de remède homéopathique, l’utilisation de ces remèdes, la nécessaire observation de ses réactions induisent une appropriation du remède par le médecin.

Patrice Desmons signale que « la psychanalyse naît avec ce geste : le moment de l’analogie, où l’analyste accepte cette adresse de l’analysant : vous êtes comme moi… ». Peut-on comprendre la souffrance de l’Autre, qu’il exprime par des signes extériorisés par sa parole, que le médecin constate en analysant le comportement, ses réactions et qu’il rapporte à un ensemble caractérisant un remède homéopathique, si soi même on n’a pas intériorisé les effets de ce remède. Mais l’homéopathie reste aussi comme la médecine générale une pratique de la suggestion, qu’abandonne la psychanalyse.

En recourant à la typologie aux constitutions, les médecins homéopathes établissent des comparaisons, des classifications, pour mieux accéder au remède, les signes pathogénétiques du remède restant déterminant en dernière instance. C’est pourquoi, il parlent d’individualisation du traitement, du respect de chaque personne dans l’originalité de ses rapports avec son corps, avec la société.

 

Homéopathie et science humaine.

Quelle connaissance produit la pratique homéopathique ?

La clinique, c’est à dire l’observation et l’analyse fine des signes, des symptômes orientant vers une maladie est une des grandes inventions marquant la naissance de la médecine moderne. Elle est aujourd’hui très largement supplantée par l’instrumentation technologique du corps. Son intérêt réside dans la détection la plus fine et précoce possible des modifications qui apparaissent chez une personne.

La clinique homéopathique en recourant à une hiérarchie des remèdes suivant la gravité de l’atteinte de la personne, du mental (mal vivre, mal dans ses godasses, stressé au travail…) au lésionnel permet de répondre à cette ambition de la clinique. Elle a l’ambition de s’intéresser « à l’homme total ».

Le fait de soigner son semblable est une action. En médecine nous somme dans le domaine de l’action. En homéopathie l’utilisation de l’analogie permet de connaître une personne et d’agir sur sa santé.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Jacques Lacaze
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