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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 09:41

LA CHOPINE ET LE FROMAGE

J'ai passé ma deuxième décennie de vie à Caussade. C'est dans le Tarn-et-Garonne à 20 kms de Montauban. Et dans ces années, cette ville était la capitale du chapeau. Il y  avait plusieurs usines à chapeaux, donc une à 50 mètres de chez mes parents, à coté de la borne fontaine du quartier que nous fréquentions plusieurs fois par jour. Aujourd'hui, cette industrie est totalement arrêtée. Il subsiste une foire annuelle avec des chapeaux venant du monde entier ...

Borredon.JPGMais ce n'est pas mon propos. Il y avait comme dans beaucoup de villes et villages de la région, des Républicains combattants de la guerre d'Espagne  chassés de chez eux par les franquistes et qui avaient été très mal accueillis dans notre "patrie des droits de l'homme". A 7 kms de Caussade, à Septfonds avait été mis en place un véritable camp de concentration dans lequel les Combattants Républicains Espagnols étaient incarcérés par les autorités françaises. Pour ne pas attirer l'attention, ces courageuses autorités les débarquaient non à la gare de Caussade, mais à celle de Borredon, petite gare située aussi à environ 7 kms de Septfonds. Ces combattants de la Liberté étaient ensuite conduits dans le camp à pied. Cette gare aujourd'hui désaffectée est devenue un lieu de mémoire pour ces combattants, leurs amis, leurs enfants et petits enfants.

J'ai donc connu beaucoup de ces réfugiés d'Espagne et surtout bien entendu leurs enfants avec qui j'étais en classe.

Je me souviens particulièrement de T. Il avait été officier de l'Armée Républicaine et gardait des combats auxquels il avait participé, une raideur du dos liée à un éclat d'obus qui n'avait pas pu être extrait. Il était maçon de son métier. Je ne me lassais pas de le voir travailler: il construisait des murs en pierre. Il ramassait des pierres les amenait prés du mur. Il les jaugait d'un regard. Puis en choisissait une et la plaçait: pile poil.  Exactement l'endroit où il fallait la mettre. Ses mouvements étaient extrêmement lents, mais continus, et j'étais frappé par la rapidité avec laquelle les murs montaient.

Je parlais donc beaucoup avec lui. C'est à dire, qu'il me livrait  quelques anecdotes, au compte goutte sur ses années de résistance. Je me souviens de quelques unes. Mais surtout, de son jugement amer sur l'état d'esprit de la France profonde après la capitulation et l'installation de Pétain et qu'il résumait par ces mots: "Nous avons perdu l'honneur et la patrie, mais nous avons conservé la chopine et le fromage". 

Il a  fait partie de ces nombreux combattants Républicains venus d'Espagne qui se sont engagés tout de suite dans la Résistance anti-nazi.

Jacques Lacaze

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Published by Jacques Lacaze - dans Brèves
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